COMMENT JOUER LISZT PLUS FACILEMENT ET PLUS CORRECTEMENT? →     Citations de Liszt et Chopin     Sonate en si mineur     Mazeppa     Feux-follets
COMMENT TRAVAILLER LES ÉTUDES DE CHOPIN? →     Introduction     op. 10 n° 1     op. 10 n° 7     op. 10 n° 12 (vidéo)     op. 25 n° 11 (vidéo)     op. posth. n° 1 (vidéo)

Technique pianistique - Théorie

7. Le poids de la main - faut-il “décontracter” la main?


[…]le poids d‘un membre supérieur s’élève moyennement
à 3,6 kg (avec l’épaule)”
Czesław Sielużycki - “La main du pianiste” p. 120, Édition Polonaise de Musique, Cracovie 1982


J’explique à mes élèves:
Pareillement dans la technique pianistique - toutes les parties de l’appareil moteur sont aussi de dimension différente. Et c’est également à la plus petite unité (phalange distale) à laquelle appartient le rôle décisif dans le déclenchement du processus de la création du son.
Le poids des “arrières” de Neuhaus doit être si finement équilibré que la moindre impulsion venant du bout du doigt puisse provoquer une libération “en cascade” du poids de toutes les unités. Cette “cascade” ou, autrement dit, “vague” (invisible pour le spectateur) fournit aux doigts la force motrice permettant de jouer très rapidement avec un minimum d’effort.
7.1. La main doit-elle être relâchée ou crispée?
7.1.1. A la fois un peu crispée et un peu relâchée - telle est la réponse la plus courte. Quant à la question posée dans le sous-titre du chapitre (Peut-on jouer la main crispée?), je réponds sans hésiter: non seulement on peut jouer la main crispée, mais c’est même un impératif, à condition toutefois de la crisper de manière intelligente et efficace. Vous en saurez davantage après la lecture de ce chapitre. Un bras totalement relâché, inerte, ne se résume qu'à quelques kilos de viande entourant un os. [...] 
[...]  Version complète disponible pour mes élèves dans l’espace privé.
Tarifs   Plan du site   Écrivez-moi
Coaching de piano en ligne, niveau avancé - informations
ATTENTION! Pour bien comprendre ce qui va suivre vous devez vous familiariser avec les termes suivants:
7.1.2. Dans la vie quotidienne, nous nous servons des articulations* des mains d’une manière assez basique en général - plus la force à appliquer est grande, plus leur fixation est importante (toutes en même temps et, le plus souvent, avec une intensité identique). Cependant, jouer du piano est un processus complexe qui demande une fixation subtile et surtout sélective des articulations. [...] 
_________________________
*Bien évidemment, une articulation ne peut aucunement effectuer par elle-même des mouvements, de fixations ou de relâchements. Ce travail est effectué [...] 
7.1.3. Chaque fois que je vois un élève qui joue avec une main ressemblant à un pneu mal gonflé, je pense à un chirurgien qui opère avec un scalpel en plastic. [...] 
“Il convient de souligner, avec insistance, que faire retomber [la main sur le clavier] par inertie ne correspond pas au phénomène physique de chute libre, car dès le début ce mouvement est contrôlé, et surtout r a l e n t i.”
Czesław Sielużycki - “La main du pianiste” p. 121, Édition Polonaise de Musique, Cracovie 1982
7.1.4. Pourtant, de nombreux pédagogues considèrent toujours ce relâchement comme la panacée à tous les problèmes techniques et ils inculquent à leurs élèves, plus ou moins consciemment, la crainte de la crispation de la main. [...] 

7.2. Les dilemmes du débutant: l’inertie et recherche d’une belle sonorité
7.2.1. Pour un pianiste inexpérimenté, l’une des plus grandes difficultés est cette contradiction (illusoire): la main doit être à la fois légère (pour permettre une technique rapide et brillante) et lourde (pour obtenir un son joli et profond).
7.2.2. En théorie, la main du pianiste (le membre) peut:
● soit reposer sur le clavier - c’est la position du “Pont”, lorsque le doigt atteint le fond d’une touche et le poids (entier ou partiel) de l’appareil moteur bien fixé repose sur lui;
● soit être suspendue au-dessus de lui - c’est la position de la “grue”, lorsque le poids plane au-dessus du clavier et qu’il est prêt à être libéré à chaque instant (“pont et grue” - cf. liens avant le point 7.1.2 ci-dessus).
● Il n’y a pas de troisième possibilité.
Il est évident que plus le tempo augmente, plus la position de “grue” prédomine. Dans ce cas là l’alternance pont/grue mentionnée plus haut devient de plus en plus fréquente et accroît les difficultés techniques.
7.2.3. Pourquoi le poids de la main peut devenir gênant - l’inertie de la masse. [...] 
7.2.4. La “recherche d’une belle sonorité” peut-elle avoir une influence positive sur le travail de la technique de jeu? [...] 
7.2.5. Je préfère, pour ma part, appliquer une autre procédure, qui consiste à trouver des solutions techniques à travers la motricité et considérer la qualité du son comme une vérification auditive. Dans la pratique, au cours, cela se déroule de la manière suivante: [...] 

7.3. Comment gérer concrètement le poids de la main?
7.3.1. La “grue” - le poids suspendu
Un ami organiste, André Siekierski, m’a dit qu’il fixait la hauteur du banc de manière à ce que ses pieds restent librement suspendus au-dessus du pédalier. Nous pouvons très bien le voir sur la vidéo ci-contre (sans son - source: Youtube). L’organiste peut donc facilement déplacer les jambes au-dessus du pédalier, alors que le poids de son corps repose naturellement sur le siège.
N.B. Vous pouvez également le voir sur les vidéos de Cameron Carpenter, dans lesquelles il interprète à l’orgue des Études de Chopin: la “Révolutionnaire” (op. 10 n° 12) et en do dièse min. (op. 10 n° 4).
Les mains (les membres) du pianiste doivent être suspendues au-dessus du clavier de la même manière, mais réussir à obtenir cette position est beaucoup moins évident. Les pianistes dotés de ce que l’on appelle la technique innée savent le faire instinctivement, sans même se rendre compte de la façon de le faire. Les autres, quant à eux, doivent [...] 
7.3.2.
“La meilleure position de la main est celle qui peut être changée
le plus vite et le plus facilement.”
Heinrich Neuhaus - “L'Art du piano”, p. 104, Éd. Van de Velde, Paris 1971
Le poids de l’appareil moteur devrait être équilibré par la force des muscles de manière à ce que le pianiste ressente sa main légère comme une plume, comme si elle se trouvait en apesanteur (cf. Vol plané et adhérence). Chopin conseillait de “tenir la main comme suspendue en l’air (sans pesanteur)” - Kleczyński*.
_________________________
*Jean-Jacques Eigeldinger - “Chopin vu par ses élèves”, p. 58, La Baconnière-Payot, Neuchâtel 1979
7.3.3. Le “pont” - le poids appuyé
Mains de Horowitz (1978) - vidéo sans son.
7.3.3.1. L’impulsivité
Le problème du legato: Le caractère impulsif de la technique pianistique apparaît dans le jeu des pianistes inexpérimentés sous la forme d’un legato irrégulier, voire “haché”. Pour éviter cet effet [...] 
7.3.3.2. Les muscles tendus

7.4. Les erreurs et les remèdes
7.4.1. Parmi les erreurs les plus fréquentes dans la manière de gérer le poids de la main sur le clavier nous pouvons citer:
● l’utilisation d’une masse trop grande, ce qui fait “couler” les doigts sur le clavier à cause du poids trop grand. Liszt [...] 
● l’utilisation d’une masse trop faible pour jouer “piano”, alors que pour bien le faire il faut se servir d’autant de poids que pour toute autre nuance. [...] 
● le manque d’amortissement - cf. le point 7.5.
Comment éviter ces erreurs?
7.4.2. Comme je l’ai déjà dit, l’une des erreurs les plus fréquentes lors des exercices est celle de jouer avec une main trop relaxée et [...] 
7.4.3. Neuhaus conseillait de jouer des octaves lourdes [...] 
La trop grande crispation initiale de la main ne se maintient pas très longtemps, car durant les exercices celle-ci a tendance à se relâcher pour atteindre le niveau correct et ainsi les muscles inutiles ne sont plus mobilisés. De cette manière, la main garde la légèreté et la souplesse nécessaires pour une technique de jeu rapide. Ce genre d’exercices donne des résultats spectaculaires, même chez les amateurs. Je vous propose de le tester - pour confirmer la véracité de mes propos - sur l’exemple d’un fragment très difficile de la “Toccata” de Debussy (vidéo et 20 extraits audio).
ATTENTION! Ne forcez pas! Cette manière de jouer, avec la main crispée, donne certainement des résultats très étonnants, mais dans la première phase d’apprentissage elle engendre une surcharge mécanique, surtout lors de changements du style de jeu. Ce risque [...] 

7.5. Au contact du doigt avec le clavier
7.5.1. Voilà que nous arrivons au moment essentiel - la production du son [...] 
7.5.2. Je rappelle que la main comporte 29 articulations* et plus de 50 muscles**. Beaucoup d’entre eux assurent la souplesse [...] 
_________________________
* Czesław Sielużycki - “La main du pianiste” p. 67, Édition Polonaise de Musique, Cracovie 1982
** Op. cit. p. 77
7.5.3. Neuhaus, quant à lui, fait référence à Rachmaninov:
“Nous parlons de ‘l’implantation’ des doigts sur le clavier, de la ‘germination’ des doigts (selon le mot de Rachmaninov), nous parlons du clavier comme d’une matière souple dans laquelle on pourrait ‘pénétrer’ etc.”
Heinrich Neuhaus - “L'Art du piano”, p. 71, Éd. Van de Velde, Paris 1971
Cf. “Toucher” dans la méthode de Chopin - chapitre 8 p. 8.2.
Le professeur Godziszewski aborde le problème de la manière suivante: “Si tu veux pousser fort une chaise pour la faire glisser de quelques mètres sur un sol lisse, tu ne peux pas la heurter de loin, car tu te feras juste mal à la main et, de toute façon, la chaise ne partira pas bien loin [une grande partie de l’énergie sera dissipée lors du contact de la main avec le meuble - AW]. Par contre, la situation sera toute autre si tu poses d’abord la main sur la chaise”.
Jerzy Godziszewski - fin du Prélude en sol mineur de Chopin (mes. 34-41).
Sous le curseur - la frappe de près du troisième accord avant la fin, dans la mesure 40.

Le clic ouvre une courte vidéo.
La touche F5 (rafraîchir l’affichage) = retour sur les photos initiales après le visionnage de la vidéo.
Extrait du film de la télévision polonaise “Autour de Chopin”, réalisé par Katarzyna Marcysiak.
7.5.4. Certes, quelques pianistes (comme Arthur Rubinstein) avaient tendance (ou l’ont encore) à ignorer cette règle et à faire [...] 
7.5.5. Cependant, l’erreur la plus fréquente et la plus sérieuse n’est pas le fait d’attaquer le clavier de très haut, mais celle d’articuler inutilement [...] 

 

  • 01.jpg
  • 02.jpg
  • 03.jpg
  • 04.jpg
  • 05.jpg
  • 06.jpg
  • 07.jpg
  • 08.jpg
  • 09.jpg
  • 10.jpg
Vous êtes ici : Théorie 7. Le poids de la main - faut-il “décontracter” la main?