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Technique pianistique - Théorie

5. Propriétés du clavier et ses paramètres mécaniques

5.1. Paramètres de base
Les images ci-contre et ci-dessous (passez le curseur) démontrent schématiquement la coupe longitudinale d’une touche.

Fig. 1a - légende
= touche au repos
= touche enfoncée
Niveau A - touche au repos, dans sa position supérieure;
Niveau B - niveau du double échappement (mécanisme assurant une répétition rapide). En appuyant lentement sur une touche d’un piano à queue, on ressent ici une légère résistance supplémentaire qui disparait lors d’une frappe plus rapide, c’est-à-dire frappe normale;
Niveau C - “fond” de la touche, c’est-à-dire la profondeur maximale de son enfoncement;
D - un joint en feutre réduisant le bruit de la touche contre le boitier du piano.
N.B. Le terme courant “dureté du clavier” se réfère à la résistance du mécanisme d’une touche. Pour vaincre cette résistance (avec la pédale enfoncée, donc en éliminant le poids de l’étouffoir), il faut un poids de 50 à 70 grammes1 (les sources contemporaines donnent des valeurs de 60 à 80 g). A titre de comparaison: le poids d’un doigt varie moyennement entre 12 et 30 grammes2.
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1 Czesław Sielużycki - “La main du pianiste” p. 211, Édition Polonaise de Musique, Cracovie 1982
2 Op. cit. p. 120
Ces chiffres, cités d’après l’ouvrage de Cz. Sielużycki, ne sont pas des valeurs absolues, car:
● Comme il est probable que Sielużycki ait empruntés ses références de l’ouvrage de Tobias Matthay (coïncidence des nombres), datant d’un peu avant les années 1930, les pianos modernes peuvent avoir une profondeur de clavier un peu différente. Il est à remarquer que les pianos de l’époque de Chopin avaient la profondeur de la mécanique, presque deux fois plus petite par rapport aux instruments modernes du 20e siècle (Schelling3);
● ils peuvent varier légèrement en fonction de la marque de l’instrument;
● lorsqu’une touche est frappée plus fortement, la compression du feutre D sera plus importante, donc l’enfoncement également. Je mentionne ces valeurs à titre indicatif seulement, car c’est le principe de fonctionnement qui est important et non les chiffres. Il faut aussi noter la relativité des chiffres définissant les niveaux du clavier: le fond des touches noires se trouve à plus de 10 mm plus haut que celui des blanches. Par conséquent, le soi-disant “jeu égalisé et lisse” est réalisé sur deux niveaux différents.
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3 Jean-Jacques Eigeldinger - “Chopin vu par ses élèves”, p. 48, La Baconnière-Payot, Neuchâtel 1979

5.2. Fonctionnement normal de la touche
Fig. 1c présente la touche appuyée à fond
ATTENTION! Le pianiste ne peut contrôler le mouvement du marteau que jusqu’à la ligne B, soit environ au ¾ de la profondeur AC. Le marteau parcourt “seul”, uniquement par la force de sa course, le dernier quart du chemin vers la corde. A ce point, le mécanisme de répétition rompt son contact avec la touche (Sielużycki4). Sans sous-estimer l’importance de l’appui de la main jusqu’au fond de la touche, il faut tenir compte du fait que cet appui n’arrive qu’après le commencement du son.
Conclusion: le son est produit par le mouvement de transmission des unités s’étendant de l’épaule jusqu’aux doigts (“le pont”), tandis que son éventuel appui au fond de la touche ne détermine que le son suivant. Dans la pratique, cette différence est si infime que l’on peut, en principe, ne pas en tenir compte. Mais il est important de comprendre cette succession pour résoudre certaines difficultés techniques particulières (cf. les points suivants).
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4 Czesław Sielużycki - op. cit. p. 211

5.3. La touche n’est pas frappée à fond (technique avancée)
Fig. 1b - la touche n’est appuyée que jusqu’au niveau B.
La caractéristique du clavier présentée dans le paragraphe 5.2 est employée dans une technique spéciale qui consiste à enfoncer les touches non pas à fond, mais seulement jusqu’au niveau B, soit au niveau minimum permettant d’obtenir un son (Sielużycki5). Bien évidemment, cela n’a rien à voir avec un jeu superficiel, pauvre en sonorité. La différence repose sur la quantité d’énergie (de la masse) utilisée pour produire le son et dans la façon de transmettre cette énergie au mécanisme du piano: un élève peu avancé utilisant seulement la masse des doigts, de la main et, éventuellement, de l’avant-bras, obtient un son inégal et pauvre. Par contre, un pianiste expérimenté utilise la masse importante de son appareil moteur entier, de sorte que même son ppp sonne pleinement.
Pour retourner à la technique d’enfoncement partiel des touches: ainsi, pour chaque note, le pianiste peut gagner quelque 2 à 3 mm, ce qui, avec une vitesse de l’ordre d’une douzaine de notes à la seconde, donne une économie non négligeable d’énergie. Puisque cette technique prive la main de l’appui sur le fond de la touche, il faut se servir de l’inertie du clavier. C’est pourquoi ce sont les pianos dotés d’un clavier “plus dur” qui favorise cette technique. Cette façon de jouer demande une maîtrise parfaite du “planer” au-dessus du clavier, autrement dit une très grande maîtrise du fonctionnement de l’appareil moteur dans les deux plans: horizontal et surtout vertical. Pour que le son devienne équilibré, toutes les touches doivent être enfoncées non seulement avec la même vitesse, mais aussi jusqu’au même niveau.
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5 Czesław Sielużycki - op. cit. p. 211

5.4. Répétition rapide (technique avancée)
Fig. 1b’ - la touche oscille autour du niveau B’. C’est-à-dire, non seulement, il ne faut pas enfoncer la touche jusqu’au fond (cf. le point précédent), mais également, il ne faut pas la relâcher complètement jusqu’au niveau du repos A.
Dans le paragraphe précédent il était question de la touche frappée légèrement, sans qu’elle s’enfonce jusqu’au fond. Ici, au contraire, il faut la frapper à nouveau avant qu’elle ne revienne à l’état de repos. Néanmoins il faut mesurer avec précision l’amplitude de ce mouvement et la sentir au toucher, car si l’on appuie “trop profondément” (entre les niveaux B et C) certains sons risquent de ne pas répondre. Il faut donc légèrement élever le niveau d’attaque de la ligne B vers la ligne B’ qui se trouve à environ 6,5 mm plus bas que la surface supérieure du clavier. En revanche, en ne jouant pas assez “profondément” (c’est-à-dire en augmentant le parcours de la touche au-dessus du niveau B’ nos répétitions perdent en vitesse parce que le marteau descendra trop bas.
Autrement dit: jouer trop profondément ou pas assez profondément empêche un bon déroulement des notes répétées claires et précises. Pour mieux comprendre, regardez le schéma ci-dessous:
niveau A ¯¯¯¯¯ = la touche au repos
niveau B’’ ––––– = la touche à mi-course, mais pas suffisamment enfoncée
niveau B’ ––––– = la touche à mi-course - hauteur OPTIMALE pour répétitions
niveau B ––––– = la touche à mi-course, mais trop profondément (trop basse)
niveau C _____ = la touche complètement enfoncée
Avec une profondeur équilibrée de la frappe, la touche répétée s’enfonce seulement de quelques 3 mm et ainsi le chemin du marteau jusqu’à la corde se raccourcit considérablement. Il ne tombe pas alors sur l’attrape-marteau et s’arrête grâce au mécanisme de répétition beaucoup plus près de la corde, réduisant son inertie. On obtient ainsi une fréquence de répétition de sons proche de 15 frappes par seconde en jouant:
● d’une main, en utilisant le doigté de type 12, 13, 123 ou en ordre inversé;
● MD/MG alternées (option la plus rapide et la plus facile);
● d’un doigt, mettant en vibration tout l’appareil moteur (option la plus difficile - cf. chapitre 10).

 

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